Pâturage (3/4) : en pratique ça donne quoi ?

 Les mots, c'est bien beau, mais à un moment il faut se prendre par la main et accepter de bouleverser ses méthodes. Alors maintenant, place à la pratique.

Mise en place du découpage parcellaire

Tout d'abord, comment découper mon pâturage ? J'ai tout d'abord fait une estimation rapide de ma production à l'hectare à 1000 kg de MS au stade 3 feuilles. Je me suis appuyé sur le livre Le pâturage tournant dynamique pour l'estimer. 

Mon troupeau de vaches laitières étant constitué de 80 animaux, consommant chacun environ 18 kg de MS par jour, mes parcelles doivent mesurées 1,4 hectares. Cela correspond donc au chargement idéal dans le cas d'un temps de présence d'une journée. En moyenne j'ai réussi à l'obtenir, mais il y a des variations entre chaque parcelle, allant de 1.2 à 1.7 hectares. Difficile parfois de découper parfaitement un parcellaire déjà morcelé.

Lorsque l'on parle de vitesse de rotation, il faut savoir que tout au long de l'année cela varie. De 20 jours au pic de pousse à 40 jours en début et fin de pâturage, en passant par 30 jours qui est la vitesse de rotation la plus courante. Notre parcellaire doit donc s'adapter facilement tout au long de l'année.

J'ai essayé de faire au mieux pour que mes points d'eau soient bien placés - les plus centrés possible- bien dimensionnés - bacs d'eau de 1000 litres pour mon troupeau - avec un débit suffisant pour éviter les manques. Ensuite, concernant la forme des paddocks, l'idéal est la forme carrée avec un sol et une flore homogènes. 

De tous ces principes, voici le parcellaire obtenu chez moi. Pour sa mise en place, cela a nécessité l'investissement dans 30 bacs à eau, le déroulement de 4 kilomètres de tuyaux d'eau et autant de fils de clôture.

Parcellaire du pâturage de mes vaches laitières

Ma salle de traite est située entre la parcelle 6 et 1, ce n'est pas parfait mais c'est faisable dans un quotidien en monotraite où ma parcelle la plus éloignée - la n°23 - est à 1,5 kilomètres. Mes chemins, pour les vaches, sont essentiellement des chemins communaux toujours en très bon état, la seule contrainte est de cohabiter avec les éventuels autres usagers de ces chemins publics. 

Chemins communaux

On constate, sur le plan, que les parcelles 33, 34 et 35 sont très allongés. De plus, les bacs d'eau sont situés à une extrémité. Donc on peut dire que j'ai tout faux. Mais le constat après trois années de pâturage est que tout à l'air de bien se passer, les parcelles sont bien pâturées.

Gestion au quotidien

Maintenant que tout le parcellaire est en place, voici comment se déroule une année au pâturage :

  • Le déprimage - autrement appelé la mise à l'herbe - a pour objectif de finir le premier tour sans montaison et débuter le second tour au bon stade. Dans la pratique, la fin du premier tour, en zone de plaine, doit avoir lieu au 5 avril (+/- 10 jours selon la météo). Sachant qu'il faut une quarantaine de jours de pousse à l'herbe, au mois de mars, pour entamer un nouveau cycle, le début du pâturage se fait au plus tard le 25 février. 
  • Tout au long du printemps, il faut adapter la vitesse de rotation pour préserver une bonne qualité d'herbe. Concrètement, je fais un contrôle visuel hebdomadaire de mes parcelles afin de déterminer ma parcelle de demi rotation (celle qui est au stade une feuille). Cela me prend environ une heure avec mon petit vélo. Je combine donc une action primordiale du pâturage avec un moment agréable de balade.
  • Ainsi, cela me permet de savoir si j'ai des parcelles à débrayer. C'est à dire que les vaches ne les pâtureront pas à ce tour. Le débrayage peut être de la fauche ou du pâturage par un autre lot d'animaux. Sur mon plan, vous voyez que j'ai 35 parcelles, si ma vitesse de pousse est de 25 jours, je vais débrayer une dizaine de parcelles. Avec l'expérience, je jette toujours un œil à la météo. Si les prévisions ne sont pas favorables à la pousse de l'herbe, je ne vais débrayer que 5 parcelles et attendre la semaine suivante pour m'adapter de nouveau. La flexibilité et la réactivité sont des qualités importantes à adopter !

  • La gestion du stress de pousse n'est pas une mince affaire. Surtout lorsque l'on commence et que nos prairies ne sont pas encore très puissantes. Il faut savoir qu'en condition favorable, les graminées prennent le temps d'épier, mais dès qu'elles sont face à une situation de stress, elles épient dès que possible. Ces situations de stress interviennent fréquemment dans les parcelles ayant subies de nombreux épisodes de surpâturage, de compaction ou autre mauvaise gestion de notre cycle Sol-Plante-Animal.

  • Arrive maintenant l'été avec l'éventualité - malheureusement de plus en plus fréquente - d'une sécheresse estivale. Il faut savoir arrêter aussitôt que la plante n'est plus au bon stade. L'herbe ne doit surtout pas être fragilisée. Il ne faut pas conserver les animaux sur les prairies, à moins d'en sacrifier une que l'on considérera comme notre parcelle parking.

7 juillet 2025 : malgré la sécheresse et les épisodes de canicule depuis 1 mois, on aperçoit toujours de la verdure. Être patient et ne surtout pas succomber à la tentation de mettre des vaches avant le stade 3 feuilles. 

  • Vient ensuite le reprise du pâturage à l'automne, les plantes sont en convalescence, il faut donc impérativement les laisser se refaire une santé en attendant strictement le stade 3 feuilles pour entamer le pâturage. Sachez qu'il n'y à aucun risque d'épiaison à cette période, il est donc possible d'attendre le stade 4 à 6 feuilles pour solidifier la prairie, mais également reconstituer de la gaine pour les années futures.

  • Enfin arrive l'hiver, période de colonisation par les rhizomes ou stolons. On arrête le pâturage à partir du moment où le stade 3 feuilles n'est plus atteint. En revanche, il faut absolument pâturer une parcelle ayant atteint ce stade pour ne pas entraver sa qualité l'année suivante.

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